• Défense de Marcher sur la Pelouse !

     

    Avec le retour précoce du printemps, les tondeuses ressortent. « L’herbe » n’a qu’à bien se tenir jusqu’au mois d’octobre prochain. Cette façon de gérer les espaces enherbés est devenu tellement habituelle qu’elle nous semble exister de toute éternité. En fait, la pelouse tondue ras chaque semaine s’est développée avec l’urbanisme de l’après-guerre, les « grands ensembles » et les lotissements pavillonnaires, avec la vision fantasmée de l’American way of life du GI’s libérateur.

    La pelouse existait auparavant avec les jardins de broderies du XVIIe siècle, puis avec les tous les stades engazonnés et autres jardins d’acclimatation à la fin du XIXe siècle. Mais à part cela, La plupart des châteaux étaient entourés de prairies, pâturées par les moutons ou les vaches. Les faucheurs entraient en action au mois de juin, puis en septembre pour le regain. L’herbe des parcs, coupée et séchée, était soigneusement récoltée, mise en mulons et était donnée à manger aux animaux en hiver.

    L’herbe n’était pas encore un « déchet vert » dont on se débarrasse sur le trottoir, dans des sacs plastiques, au lendemain du week-end. Mais voilà, la tondeuse à essence, autotractée, auto-portée… a remplacé la tondeuse à main hélicoïdale, les chèvres et les lapins

    Le nouveau Graal c’est le « gazon anglais ». Ne pas s’y conformer est un signe ostensible de relâchement. Même si on admire par ailleurs une prairie haute – avec encore quelques marguerites – dont les épis ondulent sous le vent, personne ne veut plus admettre qu’une graminée dépasse les 3 cm règlementaires dans son environnement proche.

    Le « sauvage » en un mot la vraie nature n’a plus le droit de citer, n’a plus le droit de cité… et cela particulièrement en France. Ceux qui ont visité la Grande-Bretagne ont bien vu que si la pelouse était de rigueur sur un bowling-green, un terrain de cricket, de football ou de rugby, la plupart des grands parcs restaient en herbe avec juste quelques allées pour les parcourir et s’émerveiller des fleurs sauvages qui les parsèment. En Allemagne, l’herbe « folle » ne semble pas plus traumatiser les habitants de Fribourg ou d’ailleurs.

    La dictature du « faire propre » – vision totalement subjective et récente s’est installée chez nous et nous réduit en esclavage. Tonte hebdomadaire qui conduit à 24 passages par an, complétée par le « roto-fil » et les herbicides là où la tondeuse ne passe pas. Pour une collectivité, c’est un budget colossal, le plus coûteux en termes d’entretien d’espaces verts et sans guère d’intérêt sur le plan esthétique et sans aucun bénéfice pour la nature. La pelouse, c’est le niveau zéro de la biodiversité à tel point qu’une pelouse synthétique peut la remplacer sans problème et la remplace d’ailleurs.

    Alors que « l’herbe » constitue la fondation essentielle de la pyramide écologique, celle qui conditionne les équilibres dont nous dépendons. Nous avons perdu de vue que l’herbe est l’alimentation de base des herbivores, sauvages et domestiques, maillons essentiels de la transformation de la protéine végétale en protéine animale.

    La gestion raisonnée des espaces verts veut que l’on recherche d’autres alternatives à la pelouse, à cette herbe gaspillée qui finit au mieux en compost. De grandes villes à travers le monde ont bien compris que le gazon n’est plus l’alpha et l’oméga des espaces verts urbains. Le campus de Seattle a ainsi reconverti une partie de ses pelouses en carrés potagers pour que les étudiants y cultivent leurs légumes. D’autres villes le font pour leurs habitants.

    La pelouse n’est plus taboue, avec son lot d’interdictions d’usages. L’heure est à la reconquête de ces espaces perdus, devenus inutiles. A la place des espaces productifs de légumes, d’arbres et d’arbustes fruitiers, des fleurs, des couleurs, des senteurs, des saveurs… Plus de chaleur, de lien social, une liberté authentique retrouvée.

    28 mars 2014

    Vendredi 28 mars à 20h30, cinéma de Veules les Roses, conférence à l’invitation de l’association pour la sauvegarde du patrimoine veulais :

     

    Les plantes invasives en Haute-Normandie

    3. Agenda Plantes invasives, 28 mars 2014